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La référence pédiatrique en ligne

site complémentaire du livre Votre Enfant, des Drs Rossant, éditions Robert Laffont

Les intoxications de l'enfant

 

Un article de VotreEnfant.

Vidéo : un cas d'intoxication de poubelle (cocaïne)

(extrait de la série TV "Urgences")


vidéo : un cas d'intoxication médicamenteuse par surdosage (prise de deux médicaments identiques sous des noms différents prescrits par des médecins différents) extrait de la série TV : Urgences


"...Et Alice n'avait jamais oublié que si l'on boit une bonne partie du contenu d'une bouteille portant l'indication "poison", il est presque certain que l'on aura des ennuis, tôt ou tard". Lewis Carroll (Alice au pays des merveilles).

"La directrice de la crèche a au téléphone la voix angoissée. Elle a besoin du pédiatre d'extrême urgence...Le médecin est sur les lieux dans les minutes suivantes. Le petit Emmanuel, 2 ans, est allongé sur la table d'examen...La directrice explique au médecin que l'enfant se portait relativement bien le matin lorsque les parents l'avaient déposé. En raison d'un banal rhume, la mère avait recommandé un petit sirop et des gouttes pour le nez. A midi, l'auxiliaire de puériculture avait effectué les soins et l'enfant avait déjeuné rapidement .Deux heures plus tard, la puéricultrice soulève l'enfant pour le déshabiller et lui donner son bain et constate avec effroi qu'il est inerte, amorphe, hypotonique, tout mou, ne tenant plus sur ses jambes...

Le médecin examine l'enfant. Plusieurs hypothèses trottent déjà dans sa tête : méningite, encéphalite, convulsion, intoxication ? Apparemment, Emmanuel n'a pas de fièvre ; les yeux ne sont pas révulsés et à priori, aucun médicament ni produit domestique toxique ne se trouvent à la portée des enfants dans la crèche. Le seul médicament absorbé par l'enfant est ce sirop antitussif bien inoffensif à base de bave d'escargots (mucus sécrété par le gastéropode "helix pomatia")...! Le pédiatre hésite. L'état général de l'enfant ne paraît pas très grave. Emmanuel a un air vaguement souriant, hagard, heureux.

  • On dirait qu'il "plane" dit le médecin à la directrice. Celle-ci se tourna vers l'auxiliaire: - Vous êtes bien certaine de ne rien avoir donné de plus à cet enfant ?- Oui. Deux cuillères de ce sirop et quelques gouttes dans le nez.

Le médecin fronce les sourcil et demande :

  • Quelles gouttes ?
  • Du sérum physiologique, je crois, répond la jeune fille
  • Vous croyez ? Voulez-vous me les montrer ?

L'auxiliaire s'éloigne, se dirige vers un meuble à tiroirs, ouvre celui d'Emmanuel, tire un flacon, jette un coup d'oil rapide et pousse un cri :- Mon Dieu...! La mère s'est trompée de produit. Elle a laissé un flacon de Valium® à 1% à la place des gouttes nasales...

  • Combien lui en avez-vous mis dans le nez ? coupe brusquement le médecin.
  • Je ne sais plus. Quelques rasades pour rincer le nez... Oh! Je suis navrée...! Et elle éclate en sanglots.

Le médecin se retourne vers l'enfant toujours aussi planant et regardant la directrice laisse tomber :

  • Le Valium® pour le rhume, je ne sais pas si c'est très efficace...Mais pour dormir, il n'y a pas mieux... »

1°) Quelle est la place des intoxications dans les affections de l'enfant?

Les relevés statistiques permettent d'étudier la répartition des décès par accidents entre un et quatre ans :

  • les accidents de la circulation : 30% des décès accidentels ;
  • les noyades : 27%
  • les chutes : 6%
  • les intoxications 5%

L'importance des intoxications dans les décès accidentels tend à diminuer au fur et à mesure que l'âge s'élève : 3% des décès accidentels entre 5 et 10 ans, 2% entre 10 et 14 ans. En réalité, les chiffres de mortalité ne reflètent que très imparfaitement la fréquence des intoxications de l'enfant. Toutes les intoxications ne sont pas recensées par les centres anti-poisons qui sont à l'origine des statistiques. On estime qu'un enfant sur cent est victime d'une intoxication accidentelle et qu'il y a environ 30 000 intoxications tous les ans en France : près de 100 par jour...!

L'intoxication représente 2% des consultations d'urgence en pédiatrie.

Dans la très grande majorité des cas, l'accident est sans gravité car le produit est peu toxique ou la quantité ingérée très faible. Parfois, des incidents graves sont notés, nécessitant l'hospitalisation en milieu spécialisé. La mortalité est heureusement très basse.

Des complications plus tardives augmentent cependant le coût humain et médico-social de ces accidents, notamment les séquelles neurologiques, pulmonaires et osophagiennes.

2°) Comment s'intoxique l'enfant ?

[u]Avant la naissance[/u]

L'intoxication d'un enfant peut débuter avant même sa naissance. Les substances toxiques administrées à la mère pendant les neuf premières semaines de grossesse sont dites "tératogènes" car elles provoquent des malformations de l'embryon différentes selon la date d'ingestion ; la malfaçon atteint l'organe en train de se différencier lors de la prise du toxique.

Après le 3ème mois, il n'y a plus guère de risque de malformation puisque les différents organes sont déjà constitués. Par contre, le fotus peut être intoxiqué par les substances qui traversent le placenta, placé comme un filtre entre les circulations maternelle et fotale.

La streptomycine administrée à la femme enceinte provoque une surdité chez l'enfant ; les tétracyclines colorent en jaune de façon disgracieuse et définitive les dents de l'enfant. Les anti-vitamines K provoquent, lorsque la femme enceinte en consomme, des hémorragies chez le nouveau-né. Les anti-thyroïdiens de synthèse, pris pendant la grossesse, entraînent chez le nouveau-né des anomalies du système nerveux, un goitre et un retard de croissance. Le diéthylstilbostrol donné aux femmes enceintes est responsable de cancers du vagin chez leurs filles plusieurs années plus tard. Les femmes morphinomanes accouchent de prématurés ou d'enfants dysmatures morphinodépendants, hyperexcitables, qui présentent des troubles d'évolution mortelle en absence de traitement.

Les vermifuges, la digitaline à hautes doses, les sulfamides, les drogues cyto-toxiques, la diphénylhydantoïne, le lithium sont autant de médicaments à éviter chez la femme enceinte. Une intoxication courante est réalisée lorsque la mère absorbe un tranquillisant avant l'accouchement. Le nouveau-né est hypotonique, tète mal, et reste somnolent pendant plusieurs jours.

[u]L'accouchement[/u Le tabac est un autre toxique fréquent que doit subir l'embryon puis le fotus. De nombreuses enquêtes prouvent la nocivité du tabac chez la femme enceinte ; la prématurité et l'hypotrophie sont fréquentes et la mortalité péri-natale est augmentée.]

La venue au monde est également une occasion pour l'enfant de s'intoxiquer...!

Certaines drogues administrées pendant l'accouchement (anesthésiques, analgésiques, ocytociques, antispasmodiques etc...) peuvent avoir une action toxique sur le nouveau-né. Les opiacés dépriment les centres nerveux respiratoires de l'enfant. La mère épileptique traitée par barbituriques peut donner naissance à un enfant en état de manque. Lorsque la mère est toxicomane (morphine, héroïne, LSD, méthadone etc...), son enfant présente un syndrome de sevrage : dysmaturité, hypoglycémie, troubles de la déglutition, vomissements, troubles neurologiques, déshydratation. La réserpine peut être à l'origine de troubles respiratoires néo-natals avec hypothermie. La quinine et certains diurétiques sont responsables de purpura thrombopénique chez le nouveau-né, tandis que les sulfamides avant l'accouchement provoquent des ictères néo-natals.

[u]Le nourrisson[/u]

"L'importante barrière linguistique explique sans doute pourquoi nous revoyons Wong Khaï, 7 mois, ramené par ses parents dans un état de coma profond deux jours après sa sortie de l'hôpital.

Reprenons son histoire.

Enfant de réfugiés cambodgiens, Wong Khaï a été hospitalisé dès sa descente de l'avion qui l'amenait de Bangkok. L'hôtesse de l'air décrivait en effet une série de mouvements convulsifs dans l'avion. A l'aéroport, le médecin trouva un enfant hypotonique, fébrile (40°C.), déshydraté, polypnéique et tachycarde. Il le fit aussitôt hospitaliser. Aux Urgences de l'hôpital, l'enfant se trouvait en coma post-critique. L'interrogatoire des parents s'avéra fort difficile malgré la présence d'un interprète bénévole.

Il s'agissait d'un premier enfant d'une mère de 26 ans sans antécédent notable. La grossesse, dans le camp de réfugiés, n'avait pu être surveillée mais aucun incident ne semblait être survenu. L'accouchement paraissait s'être déroulé aussi normalement que possible dans ces conditions. Nourri a u sein, Wong Khaï n'avait jusqu'à présent occasionné aucun souci supplémentaire à ses parents qui en avaient déjà suffisamment.

L'examen clinique était sensiblement normal (...). Au total, le pédiatre se trouvait devant un nourrisson de 7 mois en coma post-critique avec 39°C. de fièvre. Toute une batterie d'examens fut pratiquée dès l'arrivée de l'enfant (...).Ce bilan n'apporta aucun renseignement utile et devant l'état de l'enfant qui s'améliorait rapidement, on porta le diagnostic de "convulsion fébrile" due à une virose ou un coup de chaleur. L'enfant pesant 8 kg sortit de l'hôpital avec une prescription de 15 gouttes de phénobarbital deux fois par jour. Très peu de temps se passe puisque deux jours plus tard, le pédiatre a la surprise de revoir Wong Khaï ramené par ses parents dans le coma le plus profond...!

Quels diagnostics envisage le médecin ? Une tumeur cérébrale ? Un trouble métabolique ? Une maladie exotique rare ? Il fallut attendre l'arrivée de l'interprète pour interroger les parents. Lors de la sortie de l'hôpital, le père n'avait pas compris la prescription et avait donné non pas deux fois quinze gouttes de phénobarbital mais quinze fois quinze gouttes...Le flacon neuf était d'ailleurs presque vide après deux jours de traitement...!

Après 5 jours d'hospitalisation, le petit Wong Khaï peut sortir en bon état après qu'on ait bien expliqué cette fois-ci la prescription et s'être assuré de sa parfaite compréhension..."

Dès les premières semaines de vie, le nourrisson peut être victime d'une intoxication.

La confusion entre le sucre en poudre et le sel peut conduire à un surdosage en sel lors de la préparation des biberons de lait de vache. Parfois, aux lieu et place de poudre de lait, la mère prépare son biberon avec de la poudre tue-mouches ou se sert par mégarde de trichloréthylène transvasé dans une bouteille d'eau minérale...!

Ces cas sont anecdotiques mais montrent bien la grande diversité des risques toxiques encourus par le nourrisson.

Lorsque ce dernier est nourri au sein, le danger existe tout autant. La plupart des médicaments prescrits à la mère sont éliminés dans son lait. Certains sont sans danger, mais les conséquences risquent d'être fâcheuses lorsque le nourrisson tète des narcotiques, de l'atropine, des anti-thyroïdiens, des anti-coagulants, des sulfamides-retard ou du métronidazole...!

D'autres accidents sont provoqués par l'utilisation des médicaments contre-indiqués chez le nourrisson tels que le camphre, le menthol, la procaïne, l'acide nalixidique (Négram®), la théophylline, le chloramphénicol, la codéine, la phénacétine, les sulfamides-retard ou les tétracyclines.

Une posologie inadéquate telle qu'elle se voit lors de la confusion entre les formes "gouttes" et "sirop" d'un même produit peut entraîner des surdosages importants et graves chez le nourrisson.

Enfin, des cas d'intoxication de nourrissons ont été décrits lors du séjour prolongé de ces enfants dans des pièces récemment peintes, désinfectées u désinsectisées.

[u]Le petit enfant[/u]

"Jean-Michel, 2 ans et demi, vit avec ses parents dans une caravane au camp des forains. On ne connaît rien de ses antécédents. Son développement psychomoteur semble être satisfaisant ; il a tenu assis à 5 mois, a marché à 1 an et a demandé le pot à 17 mois. L'enfant n'a reçu aucun vaccin. Il a été alimenté au sein pendant 4 mois. La mère affirme lui donner de la vitamine D et à l'examen clinique, on ne relève aucun signe de rachitisme.

Pourquoi donc Jean-Michel entre-t-il dans le service ?

L'histoire semble très simple : Jean-Michel a reçu un coup de pied dans le dos en jouant avec ses camarades. Un quart d'heure plus tard, devant sa mère, il devient brutalement tout blanc et tombe par terre. Il ne perd pas connaissance, essaie de se relever, marche "comme un bébé qui fait ses premiers pas"... et retombe. Il se relève...et le revoilà par terre !

Devant cette perte d'équilibre consécutive à un coup de pied, la mère s'alarme et accourt, fort inquiète, à l'hôpital, son enfant dans les bras. A l'examen, il existe une ataxie évidente. L'enfant ne peut absolument pas tenir debout et en position assise, sa stabilité est toute relative ! Quelques cas de cérébellites aiguës varicelleuses ayant été constatés ces dernières semaines, le pédiatre de garde recherche avec soin la notion d'un contage ou tout au moins des vésicules de varicelle qui permettraient d'établir le diagnostic d'ataxie varicelleuse. Malheureusement, cette enquête s'avère négative.

Le reste de l'examen clinique est normal (...). Le médecin réinterroge la mère :

  • Votre enfant allait-il tout à fait bien ce matin ?
  • Oui, bien sûr !
  • N'a-t-il pas pu trouver dans votre caravane un médicament ou un produit quelconque et l'avaler ?
  • Oh! non. Nous faisons très attention. Je suis contre les médicaments, les antibiotiques, les vaccins, les colorants...Quand on est bien obligé, on en prend mais dès qu'on peut, on jette la boîte même s'il reste des cachets dedans...Il n'y a rien de dangereux dans ma caravane ! conclut la mère sur un ton péremptoire, outrée qu'on ose supposer que son intérieur roulant ne soit pas en ordre...

Le médecin ne se laisse pas influencer et continue son interrogatoire :

  • Essayez de vous souvenir. Jean-Michel a joué cet après-midi. Imaginez son emploi du temps. N'a-t-il pas pu trouver quelque chose dans une caravane voisine ?
  • Je suis presque certaine que non. C'est pas dans son genre...Enfin, je vais quand même aller voir...

Et la mère s'en retourne au camp des forains, ébranlée tout de même par l'insistance du jeune médecin qui se retrouve seul avec cet enfant qui ne tient ni debout ni assis.

Quelles hypothèses soulève le pédiatre ?

Un traumatisme rachidien semble plutôt improbable. Une varicelle au stade pré-éruptif est discutable. Une hypertension intra-crânienne, une méningite paraissent des diagnostics à éliminer : le fond d'oil est normal, il n'y a ni céphalées, ni vomissements, ni syndrome méningé.

Des prélèvements biologiques sont effectués.

Alors que le médecin est plongé dans ses réflexions, la mère arrive en courant. La voix haletante, elle explique :

  • Dans la caravane à côté de la mienne, mon fils a joué avec sept petits copains. Maria qui a 10 ans a distribué aux enfants des comprimés et des gélules qui se trouvaient dans la boîte à ordures. Voilà ce que j'ai pu ramasser par terre...

La mère tend sa main et le médecin aperçoit dans la paume ouverte deux comprimés sur lesquels le nom est gravé, une gélule bleue et jaune, un comprimé blanc à moitié écrasé friable et sécable en deux ainsi qu'un comprimé rose, sale, non friable et à faces bombées...

Le diagnostic d'intoxication auquel le médecin avait tout de suite pensé devant cette symptomatologie brutale, atypique, insolite survenant chez un jeune enfant jusque là en bonne santé était donc confirmé. Il restait à savoir quel médicament avait entraîné l'ataxie chez Jean-Michel afin de débuter un traitement adéquat. Tandis qu'un lavage gastrique est pratiqué par les infirmières, le médecin téléphone au centre anti-poison afin de savoir si les comprimés dont le nom est connu sont susceptible d'entraîner une ataxie.

La réponse catégorique tombe comme un couperet : non !

Pour le jeune interne, le problème reste entier...

Il retourne près de l'enfant momifié dans un drap et regarde au milieu des vomissements. Il prélève quelques particules blanches surnageant et les fait descendre au laboratoire. L'interne de garde en pharmacie est mis à contribution. Il reconnaît le comprimé à moitié écrasé : c'est du Valium® 2 mg. Pour les autres, il ne sait pas et l'analyse des vomissements n'apporte pas de renseignements immédiats.

Jean-Michel est installé dans la salle de réanimation avec monitoring cardiaque et une perfusion est mise en place pour provoquer une diurèse osmotique afin d'accélérer l'élimination des toxiques.

Parmi les centres anti-poisons (C.A.P.), il en existe certains qui ont un rôle particulier. Le C.A.P. de Strasbourg est particulièrement bien documenté sur les intoxications par les baies et les plantes. Celui de Grenoble dispose d'un ordinateur qui fournit le degré de probabilité d'intoxication par deux ou trois produits d'après la symptomatologie décrite. Celui de Nancy peut identifier un comprimé, une gélule ou un cachet d'après sa description détaillée : sa forme géométrique, ses dimensions, son poids, sa couleur etc...(03 83 32 36 36)

Le médecin téléphone donc au C.A.P. de Nancy qui reconnaît un comprimé de Juvépirine® sur la description. Il lui est par contre impossible de donner un nom à la gélule bleue et jaune. Peut-être s'agit-il d'un produit étranger ?

Peu après, l'enfant qui jusqu'alors était resté bien éveillé, commence à sombrer dans un coma oscillant entre les stades I et II.

Le médecin constate avec surprise un myosis serré qui pouvait faire évoquer un organophosphoré ou un opiacé (codéine...). La poche à urines reste désespérément vide. La température rectale stagne à 36° C. L'enfant est couvert de sueurs. La tension artérielle est stable à 10 (...)

La surveillance s'exerça toute la nuit et l'état de l'enfant resta stationnaire. Au bout de quelques heures, des urines purent être récupérées. Leur analyse mit en évidence des salicylés. Le lendemain matin, Jean-Michel, parfaitement conscient, marchait sans aucun trouble de l'équilibre et la mère le ramena dans la roulotte familiale. Le médecin avait demandé à examiner les autres enfants qui avaient joué avec Jean-Michel et l'équipe de garde s'était préparée à effectuer des lavages d'estomac en série...!

Aucun autre enfant ne fut hospitalisé cette nuit-là et on peut supposer que l'intoxication fut minime pour les petits camarades.

La nature exacte des produits effectivement absorbés restera sans doute inconnue. Le diazépam a peut-être entraîné l'ataxie inaugurale. La responsabilité unique des salicylés dans le coma semble improbable du fait de la faible positivité dans les urines et l'absence de toute anomalie acido-basique au cours de l'évolution. Peut-être y avait-il aussi un opiacé, car la mère n'avait sans doute pas trouvé tous les produits avalés par les enfants...

C'est le type même de l'intoxication "de poubelle"..."

L'enfant de un à cinq ans est le plus concerné par les intoxications.

75% des intoxications de l'enfant surviennent durant cette période avec une prédominance masculine : 60% de garçons et 40% de filles.

Le développement psychoaffectif de l'enfant passe par plusieurs stades dont la phase orale au cours de laquelle il explore le monde extérieur en portant tout à sa bouche. C'est l'âge auquel il suce son pouce. Il lui faut peu de temps pour avaler les mégots de cigarettes découverts dans un cendrier ou les intrigantes boules de naphtaline ramassées dans un placard et évoquant de délicieux bonbons oubliés. Il suffit de quelques secondes pour que le contenu d'un encrier ou le fond d'un verre de Porto soit bu.

Le temps que la mère, au milieu de ses tâches ménagères, réponde au téléphone, l'enfant a absorbé le flacon de détachant.

Le père bricoleur qui repeint une chaise n'a pas tourné le dos que son apprenti de fils a déjà ingurgité l'essence dans laquelle trempait le pinceau.

A peine la mère est-elle sortie chercher son linge que sa fille a ouvert le berlingot d'eau de Javel qui se trouvait sur la table.

Les parents prennent-ils toutes leurs précautions de rangement chez eux que c'est lors d'une visite chez le grand-père que l'enfant trouvera son bonheur, en l'occurrence un flacon de digitaline ou de colchicine. En un instant, c'est le drame...

Il s'agit souvent d'enfants turbulents, désobéissants, hyperactifs, impulsifs, opposants, du genre "petits diables", capables de grimper tôt sur des échafaudages plus ou moins stables. Souvent insomniaques et agités, ces garçons manifestent dans leur comportement et leurs jeux un esprit de conquête. Emotifs et instables, ils sont souvent récidivistes.

Le plus souvent, certes, la quantité absorbée est minime car l'enfant recrache ce qu'il a goûté lorsque la saveur lui déplaît. Le plus souvent également, le produit découvert n'est pas très dangereux. Mais ce n'est pas toujours le cas et un produit très toxique est parfois entièrement avalé, quel que soit son goût, les critères gastronomiques de l'enfant s'avérant parfois fort déroutants pour l'adulte !

L'enfant normalement surveillé sera vite découvert, fier de lui ou en larmes, le produit dans la main et dans la bouche, l'emballage ouvert à ses pieds. Les comprimés, pêle-mêle sur le sol, souvent écrasés, éparpillés, rendent impossible l'appréciation de la quantité effectivement absorbée. Dans le doute, on estime que c'est la quantité la plus importante qui a été absorbée.

Cette découverte précoce, les symptômes n'étant pas encore apparus, est un élément de bon pronostic pour autant que la mère s'alarme et alerte son médecin..

Plus angoissant est le cas de l'enfant qui, au cours de ses jeux, découvre et avale un produit à l'insu de son entourage, et présente quelques moments plus tard une symptomatologie atypique.

D'autres exemples sont tout aussi démonstratifs :

"Laurence, 3 ans, éclate de rire au cours du repas, les yeux dans le vague, puis s'affale sur la table, amorphe, ne répondant que par monosyllabes aux sollicitations inquiètes de ses parents. A l'hôpital, l'examen montre une ataxie importante, l'enfant étant totalement incapable de tenir debout. Ce tableau singulier fait rechercher par l'interrogatoire la présence à domicile de médicaments susceptibles d'entraîner une perte d'équilibre. De retour chez elle, la mère découvre dans le tiroir de sa table de nuit une plaquette neuve, mais vide, de tranquillisants".

"Thierry, 4 ans, est amené à l'hôpital dans l'impossibilité d'uriner. L'examen trouve un volumineux globe vésical. Il s'agissait d'une intoxication par un antihistaminique à effet atropinique dérobé dans l'armoire à pharmacie non fermée à clef".

"Isabelle, 5 ans, est trouvée par son père en état de mal convulsif. Les examens cliniques, biologiques et radiologiques se révèlent normaux. Parmi les médicaments contenus dans le tiroir du meuble de salle de bains, l'aminophylline peut entraîner un tel tableau et est d'ailleurs retrouvée quelques heures plus tard dans l'analyse d'urine".

"Des enfants préparent une dînette avec une mixture de noyaux d'abricots écrasés et mélangée avec du sucre en poudre. Pierre, 4 ans, est retrouvé dans le coma une demi-heure plus tard. Il s'agissait d'une intoxication cyanhydrique".

"Colette, 3 ans et demi, est découverte sans vie sur son lit. Elle jouait à la malade tandis que sa sour jouait à l'infirmière. La digitaline du père a tué la fille".

"Fabrice, 4 ans, ne peut ouvrir sa bouche, en proie à un trismus intense. Ce n'est pas un tétanos, mais une intoxication par l'halopéridol".

"Catherine, 10 ans, consulte le médecin pour une diarrhée, des vomissements et de la fièvre. 48 heures plus tard, lorsqu'elle se lève le matin, elle présente une attitude bizarre de torticolis du cou et d'incurvation du tronc. Il s'agissait d'une réaction au métoclopramide prescrit contre les vomissements".

On voit donc que c'est devant une symptomatologie atypique, insolite, survenant brutalement chez un enfant jusque-là en bonne santé, que le pédiatre devra penser à une éventuelle intoxication passée inaperçue et chercher par une tournée générale de la maison et de ses dépendances le toxique responsable. Il est aidé dans cette enquête véritablement policière par des tableaux indiquant à partir d'un symptôme précis, le ou les toxiques pouvant être en cause.

[u]L'intoxication volontaire chez le jeune enfant[/u]

L'intoxication volontaire, sans but réel de suicide, est une entité un peu particulière. Elle correspond à un acte de rébellion du jeune enfant qui manifeste ainsi son désespoir. L'enfant n'a qu'une idée très vague de la mort et l'intoxication a plutôt la valeur d'un appel au secours. Ces enfants cherchent à entrer en communication avec leur entourage, à exprimer leur désarroi lors de perturbations dans le milieu familial où ils se sentent abandonnés ou délaissés. C'est dans ces familles que se trouvent le plus de récidivistes et que des générations entières d'enfants s'intoxiquent les uns après les autres. L'enfant cherche par tous les moyens dont il dispose à attirer l'attention familiale sur lui.

"Patrick, 5 ans, est laissé seul par ses parents qui sont partis au cinéma un samedi après-midi. L'enfant, seul et effrayé dans l'appartement, manifeste son désespoir et son opposition en absorbant un tube de comprimés qu'il trouve sur une étagère. Lorsque les parents rentrent, l'enfant est mort".

"Alain, 6 ans, privé de dessert, pour une faute qu'on lui impute à tort, boit un flacon de sirop pour .se venger" .

Claude, 4 ans, avale des granulés débouche-évier, parce que ses parents et les visiteurs sont tous obnubilés par la petite sour qui vient de naître et oublient de s'occuper de lui.

Jean, 5 ans, pour ne plus entendre et voir se disputer ses parents, engloutit un flacon entier d'anorexigène antihistaminique

On pourrait multiplier ces exemples que tout pédiatre et tout psychiatre rencontrent à longueur de journée

Cet appel désespéré doit être entendu et compris sous peine de voir s'installer des troubles psychoaffectifs graves et durables.

[u]L'intoxication de l'enfant après 10 ans[/u]

C'est l'âge des jeux chimiques, des colles pour maquettes et des pétards avec lesquels le grand enfant peut s'intoxiquer. C'est surtout l'âge du suicide de l'adolescent dont les modalités se rapprochent de celle de l'adulte et qui pose des problèmes graves.

[u]L'auto prescription[/u]

Les parents sont parfois responsables directement de l'intoxication lorsqu'ils prescrivent d'eux-mêmes ou sur les conseils d'un voisin, d'un parent ou d'un ami un médicament à leur enfant.

Martin est turbulent, on le calme avec un barbiturique ; Thomas tousse, un peu de codéine le soulagera ; Hugo est fébrile, quelques cachets d'aspirine feront tomber sa température ; Sandra respire mal, on lui administre deux suppositoires de théophylline. Martin, Thomas, Hugo et Sandra se retrouvent tous les quatre à l'hôpital et se raconteraient leurs mésaventures s'ils n'étaient pas dans le coma à la suite de ces prescriptions parentales.

Les médicaments en effet sont des produits dangereux lorsqu'ils ne sont pas utilisés à bon escient. Ils sont souvent donnés sous leur forme pour adulte que les parents ne distinguent pas des formes infantiles. Il existe par exemple une spécialité de théophylline dont un seul comprimé peut tuer un enfant d'âge scolaire.

Parfois, c'est le médecin qui prescrit le traitement mais, plutôt que d'acheter le produit, la mère préfère achever la boîte qui a servi au père, et c'est la catastrophe ! D'autres fois, c'est le produit qui a été donné au frère d'âge semblable mais l'année précédente. Le produit, périmé, est devenu inactif quand ce n'est toxique. Des observations ont été publiées où la mère se trompait de médicaments, la confusion étant due à des noms commerciaux plus ou moins ressemblants. C'est ainsi qu'un enfant de deux ans a été intoxiqué par une diphénylhydantoïne dont le nom commercial se terminait par : « mine ». La mère était persuadée qu'il s'agissait de vitamine et en gavait son enfant. L'erreur peut être due à l'écriture sur l'ordonnance plus ou moins lisible du médecin ou à l'inattention du pharmacien : le médecin prescrit du sirop « Delabarre » pour masser les gencives du nourrisson et le pharmacien donne du sirop « Dilatrane » (théophylline réservée à l'adulte).

Il faut également citer le cas des sommations d'effets toxiques quand les mères inquiètes et méfiantes, consultent successivement plusieurs médecins pour une maladie de leur enfant. Chaque médecin ignorant les prescriptions précédentes rédige son ordonnance et les enfants absorbent la totalité des médicaments ou un cocktail diversement étudié par une mère imbue de vulgarisation médicale mal faite ou mal comprise.

Les solutés en gouttes sont parfois préparés par de vieilles personnes dont les gestes et la vue ne sont plus assez précis pour compter la dose nécessaire exacte, or il existe des médicaments dont quelques gouttes peuvent tuer un petit enfant. Combien d'enfants donnent dans les écoles, à leurs petits camarades, des comprimés ou des gélules en leur certifiant «  croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer » qu'il s'agit de bonbons ?

[u]Le rôle des enquêtes[/u]

La fréquence avec laquelle certains produits entraînent des intoxications, la similitude des différentes situations, les circonstances ne sont pas le fruit du hasard et de très nombreuses études dans le monde ont été faites afin de cerner l'épidémiologie du problème.

[u]Quels sont les produits les plus fréquents en cause ?[/u]

La nature des toxiques varie avec les pays suivant la pharmacopée locale, les produits domestiques usuels et les mours de chaque région. Dans un pays des Balkans, les tranquillisants et l'alcool tiennent la première place. En Suède, le tabac est responsable d'intoxications nicotiniques graves. Aux Etats-Unis, un ou deux millions d'enfants s'intoxiquent chaque année, l'aspirine arrivant en tête des produits. Dans les pays en voie de développement, le pétrole et ses dérivés utilisés pour l'éclairage et la cuisine sont responsables d'un grand nombre d'intoxications.

En Afrique du Nord, l'intoxication chronique par la terre (géophagie ou pica) provoque un retard de croissance, un retard pubertaire, une hépato-splénomégalie et des anomalies sanguines.

Les produits pharmaceutiques représentent :

  • plus de 90 % des cas d'intoxication avant un an
  • plus de 50 % des cas d'intoxication entre un et cinq ans
  • plus de 30 % des cas d'intoxication entre cinq et douze ans
  • plus de 90 % des cas d'intoxication entre douze et quinze ans.

Les produits ménagers ont une importance négligeable avant un an. Ils sont responsables de 40 % des intoxications entre un et trois ans, 15 % entre trois et cinq ans, puis de nouveau d'un très faible pourcentage après cinq ans.

L'imagination de l'enfant, en matière d'intoxication, ne connaît pas de bornes et il peut tout absorber depuis les produits chimiques purs, les cosmétiques, jusqu'aux combustibles ménagers et les pesticides, en passant par les pâtes à modeler, les petits blocs de peinture, les colles, les encres et les savons. !

Plusieurs centaines de produits toxiques nous entourent dans notre environnement quotidien. La vie moderne les rend chaque jour plus nombreux et plus dangereux.

Parmi les médicaments, les plus fréquemment en cause sont :

  • l'aspirine et les salicylés
  • la codéine
  • les barbituriques
  • les tranquillisants
  • les neuroleptiques
  • les antidépresseurs
  • les antipyrétiques non salicylés
  • les digitalines
  • la théophylline
  • la colchicine
  • l'acide borique

L'instillation répétée de gouttes nasales contenant des vasoconstricteurs, du camphre, du menthol ou du goménol n'est pas un acte anodin.

Parmi les produits domestiques, les plus fréquemment en cause sont :

  • l'eau de javel
  • la naphtaline
  • le paradichlorobenzène
  • les liquides pour laver la vaisselle
  • les poudres pour laver le linge
  • le pétrole et ses dérivés
  • l'éthylène-glycol
  • le trichloréthylène
  • le permanganate de potassium
  • les antirouilles
  • le métaldéhyde
  • l'alcool à brûler
  • la mort aux rats
  • les insecticides

Pourquoi ces produits plutôt que d'autres ?

L'enfant est attiré par les produits de coloris rouges, roses et marron évoquant le chocolat (analgésiques, cocaïne, quinine).

Par contre, le noir, le blanc et le violet ne l'attirent pas du tout. Les emballages attrayants, aux couleurs vives et à l'ouverture aisée, lui plaisent infiniment.

Le goût du produit ne joue pas de rôle : des produits généralement considérés comme amers ou de saveur désagréable sont parfois vivement appréciés des enfants.

Les toxiques liquides sont plus facilement absorbés que les produits solides. Les sirops sont en général très appréciés (pipérazine, phénothiazines, bromures, codéine, codéthyline.).

Très souvent, les produits ne sont pas considérés comme dangereux par la famille qui les dépose dans des endroits faciles d'accès. C'est le cas notamment des médicaments prescrits pour une affection chronique qui perdent au fil des ans leur « aura »de produits toxiques pour les utilisateurs : digitaline, colchicine, antirhumatismaux, antidiabétiques, comprimés d'Acétest, etc..

L'aspirine tient une place à part tant elle est fréquemment considérée comme une substance anodine et sans danger alors que c'est une molécule pouvant s'avérer très toxique, voire mortelle.

L'enfant est également attiré par ses propres médicaments. Ceux que le médecin a prescrit pour une maladie et dont le goût, trop souvent agréable, lui donne envie d'augmenter les doses. Le flacon est rangé dans sa chambre, près de son lit, sa mère lui répète 2 ou 3 fois par jour : « ouvre la bouche et avale le bon sirop qui va te guérir. C'est bon. ! » Alors, en fait, pourquoi ne pas avaler tout le flacon ?

Certains médecins ont insisté sur la confusion qui se fait dans l'esprit de l'enfant lorsque la mère achète dans un magasin de grande surface des produits alimentaires qu'il peut manger et des toxiques qui lui sont interdits. Pour l'enfant, le berlingot de lait concentré et le berlingot d'eau de javel ne sont que des berlingots !

La pratique qui consistait à mettre des petits jouets dans les produits d'entretien à des fins publicitaires a été reconnue comme dangereuse par l'attrait que cela représentait pour l'enfant. Elle est interdite dans de nombreux pays.

Certains produits acquièrent aux yeux de l'enfant une magie particulière du fait que seule la mère a le droit de s'en servir et que lui ne peut y toucher. Subrepticement, il repère l'endroit, et au moindre moment d'inattention, court, grimpe, attrape, ouvre et avale le produit !

[u]Quelles sont les pièces de la maison les plus dangereuses ?[/u]

Chaque pièce d'un appartement moderne recèle ses propres poisons et le petit enfant, véritable explorateur en herbe, toujours en quête de découvertes, les inspecte toutes avec une égale curiosité.

Par ordre de danger potentiel, citons :

  • la cuisine (placard sous l'évier)
  • la chambre à coucher des parents
  • le living
  • la salle de bains
  • l'extérieur : cave, grenier, garage, buanderie, granges, hangars, jardin.

[u]Où se trouve le toxique absorbé ?[/u]

Dans trois quarts des cas, le produit responsable n'était pas rangé à sa place habituelle. Dans 65 % des cas, il était à portée de main de l'enfant, abandonné sur le sol, une table ou le rebord d'une fenêtre. Le récipient était ouvert dans 20 % des cas.

[u Une fois sur trois, le produit n'était pas dans son emballage original et se trouvait souvent transvasé dans un autre récipient eau de javel dans une bouteille de limonade, détachant dans une carafe de lait, etc.]

A quelle heure se produit l'intoxication ?[/u]

Les statistiques relèvent deux pics de fréquence : 10 heures et 19 heures. Ces horaires correspondent à la faim de l'enfant et au relâchement de la surveillance de la mère qui prépare les repas et a sorti différents ustensiles des placards.

Le nombre des intoxications augmente lorsque la surveillance est diminuée et le désordre important. Il n'est donc pas étonnant que les déménagements, les retours de vacances, les travaux domestiques de nettoyage, d'aménagement, de peinture ou de bricolage soient autant de situations à haut risque.

4°) Que faut-il faire ?

Au domicile des parents

Le rôle principal de la famille est d'ordre préventif mais une fois reconnue, l'intoxication ne tolère aucune improvisation et nécessite un traitement urgent. Chaque minute qui s'écoule représente un peu plus de toxique absorbé.

Il faut éviter tout geste intempestif (surtout ne donner ni lait ni huile qui accélèrent l'absorption des toxiques liposolubles), garder son sang-froid et appeler son médecin traitant. En cas d'absence, les parents doivent faire appel au remplaçant, au médecin de garde, aux Urgences de l'hôpital, au Centre 15 ou au Centre anti-poisons régional (voir liste p.XXX). Il faut toutefois savoir que le médecin du CAP ne pourra donner que des conseils sur l'attitude à suivre, alors que le médecin traitant pourra sur place faire vomir l'enfant, injecter les éventuelles drogues nécessaires, organiser le transfert à l'hôpital si nécessaire et effectuer éventuellement les gestes d'urgence qui sauveront l'enfant.

Par téléphone, il faut préciser au médecin :

  • les nom, prénoms et âge de l'enfant
  • son poids approximatif
  • le nom et la quantité de toxique absorbé
  • l'heure de l'intoxication et celle du dernier repas
  • les symptômes observés
  • les éventuelles maladies connues (diabète, insuffisance rénale, déficit en G6PD etc.)

Pour ne pas perdre un temps précieux, le pédiatre conseillera parfois aux parents de se rendre aux urgences de l'hôpital le plus proche où le lavage d'estomac et la mise en condition pour un éventuel transfert en milieu de soins intensifs seront réalisés.

Il est de rares cas gravissimes d'emblée où des mesures d'extrême urgence s'imposent devant l'état alarmant de l'enfant : massage cardiaque, bouche-à-bouche (voir p.XXX).

Le médecin trouvera les renseignements en s'aidant des du dictionnaire Vidal qui précise pour chaque médicament la dose toxique et les symptômes de l'intoxication.

En cas d'absorption digestive, il faut faire vomir l'enfant sauf dans certains cas où les vomissements provoqués sont interdits.

Les situations qui contre-indiquent les vomissements provoqués doivent être connues :

  • les produits caustiques : eau de Javel concentrée, permanganate de potassium, déboucheurs d'évier. : le vomissement provoqué n'aurait pour conséquence que d'aggraver les lésions déjà provoquées lors du premier passage dans la bouche et l'osophage
  • les corps volatiles (essences.) et les agents moussants (lessives.) risquent d'inonder les poumons par fausse route lors du vomissement et d'entraîner de graves lésions pulmonaires
  • en cas de coma ou de convulsions, les vomissements risquent de provoquer une inhalation par fausse route. Ils ne peuvent être effectués que sur un enfant intubé en milieu de réanimation.

Vomissements provoqués

Hormis ces circonstances qu'il faut garder en mémoire, il est conseillé de faire vomir l'enfant tant qu'il n'y a pas eu plus de 6 à 8 heures qui se sont écoulées depuis l'ingestion du toxique.

Le moyen le plus rudimentaire consiste à donner à boire de l'eau tiède salée à l'enfant maintenu tête basse et de lui titiller le fond de la gorge avec le doigt ou le manche d'une cuillère.

Des médicaments peuvent aider à faire vomir l'enfant, après lui avoir fait boire un peu d'eau :

  • Le sirop d'ipéca (une dose unitaire de 15 ml = 20 g) : donner 1 g/kg sans dépasser 20 g à renouveler 20 minutes plus tard en cas d'inefficacité, soit 5 ml de 6 à 9 mois, 10 ml de 9 à 12 mois, 15 ml de 1 à 12 ans.
  • Injection sous cutanée d'apomorphine (0,10 mg/kg) mais risque d'apnée (ventiler au masque et prévoir de la naloxone (Narcan) en antidote).

Après l'évacuation du toxique, on peut donner à l'enfant du charbon activé qui va fixer le toxique et empêcher son absorption digestive :

  • Carbomix : 20 g dilués dans 10 ml d'eau (ou charbon de bois activé du Codex : 1 g dans 10 ml d'eau) aux doses suivantes :

10 g avant 10 kg, 20 g de 10 à 15 kg, 30 g de 15 à 20 kg, 50 g au dessus de 20 kg, à renouveler toutes les 8 heures durant 24 heures.

(Le charbon activé doit être évité lors des intoxications par métaux lourds -fer, lithium, cyanures-, caustiques -acides et bases forts-, hydrocarbures aliphatiques et alcools -éthanol, méthanol-)

Les antidotes des médicaments ne sont pas nombreux.

Certains peuvent être donnés à domicile.

L'intoxication par le paracétamol est relativement fréquente et sa toxicité hépatique est importante (au delà de 100 mg/kg). Après les vomissements provoqués, on peut donner de l'acétylcystéine (Solmucol, Mucomyst) à la dose de 140 mg/kg en attendant le transfert à l'hôpital. Pour éviter de boire de grandes quantités de sirop, on peut utiliser la forme injectable en l'utilisant par voie orale à la dose de 140 mg/kg.

D'autres antidotes peuvent être utilisés par le médecin à domicile :

  • le flumazémil (Anexate) dans les intoxications aux benzodiazépines
  • la naloxone (Narcan) dans les intoxications par les opiacés
  • les fragments Fab d'anticorps anti-digitaline (Digidot) dans l'intoxication digitalique
  • la vitamine K1 injectable IM dans les intoxications par raticides (antivitamine K).
  • e diazépam (Valium) en cas d'intoxication à la chloroquine ou à la quinine

5°) Les principales intoxications (par ordre alphabétique)

Il est bien sûr impossible de décrire toutes les intoxications possibles et dans la liste ci-dessous, on a été guidé par les cas les plus fréquents ou les plus graves rencontrés en pratique quotidienne par les médecins. Les symptômes décrits sont ceux d'un surdosage important bien que parfois ces signes puissent survenir à des doses modérées en cas d'hypersensibilité de l'enfant. Nous n'avons pas classé les produits par ordre de toxicité car si certains sont plus dangereux que d'autres, la notion de quantité absorbée intervient également.

Aussi importe-t-il, dans tous les cas d'intoxication, quel que soit le produit ingéré, de demander l'avis du médecin ou du centre anti-poisons qui dispose des renseignements les plus actuels sur les produits les plus récents. Cette liste n'est donc qu'indicative et ne peut remplacer en aucun cas l'avis du médecin.

Sauf en cas d'absorption de produits non toxiques, une hospitalisation pour surveillance d'au moins 24 heures est souvent nécessaire.

  • Acétone

Utilisé comme solvant, notamment pour les colles, dissolvants pour vernis à ongle etc...

Dose léthale : 1 à 2 ml/kg

Symptômes de l'intoxication : voir : "Alcool éthylique"

  • Acide borique

Utilisé dans les gouttes nasales, l'eau oxygénée boratée, les solutions d'acide borique servant au nettoyage des seins ou aux soins vaginaux, les antiseptiques cutanés, les produits blanchisseurs de linge...

Symptômes de l'intoxication: troubles digestifs, neurologiques, rénaux, respiratoires, fièvre, tachycardie, déshydratation...

Mortalité de 50 à 70% chez le nourrisson.

Traitement en milieu spécialisé.

  • Actifed® (triprolidine, pseudo-éphédrine, paracétamol)

Utilisé dans les affections ORL comme décongestionnant des muqueuses, antihistaminique, antalgique et anti-thermique.

Symptômes de l'intoxication : somnolence, vertiges, convulsions, palpitations, tachycardie, hépatite.

Traitement : vomissements provoqués, lavage d'estomac, charbon de bois activé.

  • Additifs pour aquarium : non toxique

Dose léthale : 3 à 6 ml d'alcool pur/kg (la bière contient 4 à 6% d'alcool, le vin 10 à 13%, les boissons fortes (whisky, vodka etc...) 40 à 50%, les parfums et lotions après rasage : 70%)

Symptômes de l'intoxication: ataxie, dysarthrie, euphorie, troubles visuels, incoordination psychomotrice, agitation, dépression cardio-respiratoire, convulsions par hypoglycémie, hypothermie, vomissements, tachycardie, hyperpnée...

Traitement : vomissements provoqués, charbon de bois activé, lavage d'estomac, lutte contre l'hypoglycémie et l'acidose métabolique. Dans les cas graves : hémodialyse, dialyse péritonéale.

L'alcoolémie permet de juger de la gravité de l'intoxication :

  • 10,8 à 32,5 mmol/l (50 à 150 mg/100 ml) = intoxication légère

Utilisé comme alcool à friction.

Deux fois plus toxique que l'alcool éthylique.

  • Alcool méthylique (méthanol, alcool de bois, alcool à brûler)

Utilisé comme combustible, antigel etc.

Dose léthale : 2 ml/kg

Symptômes de l'intoxication: après une latence de plusieurs heures : céphalées, nausées, vomissements, mydriase, anomalies du fond d'oil, troubles visuels pouvant aller jusqu'à la cécité permanente, coma, odème cérébral, hypoglycémie, acidose métabolique, dépression cardio-respiratoire.

Traitement: vomissements provoqués, charbon de bois activé, lavage d'estomac. Administration d'alcool éthylique (1 ml d'alcool pur/kg) par voie orale mélangé à un jus de fruit ou en perfusion I.V. jusqu'à diminution du taux de méthanol sanguin. Correction de l'hypoglycémie et de l'acidose. Hémodialyse ou dialyse péritonéale dans les cas graves.

  • Aliments pour animaux : voir "nourriture"

Symptômes de l'intoxication: troubles digestifs, vertiges, hypoacousie, flou visuel, mydriase, diplopie, troubles du rythme cardiaque etc.

Traitement en milieu spécialisé.

  • Antibiotiques : la prise unique d'un sirop antibiotique courant n'est en général pas toxique. Voir la toxicité en général des antibiotiques.
  • Antidépresseurs tricycliques ou imipraminiques (Anafranil® ou clomipramine, Elavil®, Laroxyl® ou amitriptyline, Surmontyl® ou trimipramine, Tofranil® ou imipramine...)

Dose toxique : variable

Symptômes de l'intoxication: coma, convulsions, alternance d'excitation et de somnolence, dépression respiratoire, troubles du rythme cardiaque, hypotension artérielle, fièvre, rougeur de la peau, mydriase, tachycardie, sécheresse de la peau, sueurs abondantes, constipation, rétention aiguë d'urine avec globe vésical etc.

Traitement: vomissements provoqués, charbon de bois activé, lavage d'estomac. Traitement symptomatique. Surveillance continue de l'ECG. Transfert en milieu spécialisé. L'antidote est le salicylate de physostigmine par voie I.V. contre-indiqué en cas d'asthme ou de cardiopathie.

  • Antigels : voir "éthylène-glycol"
  • Antihistaminiques (Dimégan® ou bromphéniramine, Doxergan® ou ozomémazine, Hypostamine® ou tritoqualine, Méréprine® ou doxylamine, Migristène® ou dimétotiazine, Périactine® ou cyproheptadine®, Phénergan® ou prométhazine, Polaramine® ou dexchlorphéniramine, Primalan® ou méquitazine, Théralène® ou alimémazine etc...)

Utilisés contre les allergies, le rhume, le mal des transports.

Dose léthale: 25 à 250 mg/kg

Symptômes de l'intoxication : effets secondaires de type atropinique : fièvre, rougeur de la peau, mydriase, tachycardie, sécheresse de la bouche, rétention aiguë d'urines avec globe vésical etc. Contractures musculaires de type extra-pyramidal, vertiges ataxie, somnolence, irritabilité, nystagmus, céphalées, tremblements, hallucinations, désorientation temporo-spatiale, convulsions, nausées, vomissements, arrêt respiratoire, collapsus cardio-vasculaire, troubles hépatiques et rénaux etc.

Traitement: vomissements provoqués, charbon de bois activé, lavage d'estomac. Transfert en milieu spécialisé : Diazépam en cas de convulsions, salicylate de physostigmine en cas d'effets atropiniques (anticholinergiques) importants, diphénhydramine en cas de troubles extra-pyramidaux sévères, exsanguino-transfusion, hémodialyse ou dialyse péritonéale dans les cas graves.

  • Antirouilles

A base de fluorures ou d'oxalates, ce sont les produits domestiques les plus dangereux. Un à deux grammes suffisent pour tuer un enfant en moins d'une heure par encombrement bronchique, collapsus cardio-vasculaire et état de mal convulsif. Ces produits sont utilisés pour enlever les taches de rouille sur le linge et sont vendus dans des flacons blancs en matière plastique de 10 g qui ressemblent parfois aux biberons pour poupées...!

Symptômes de l'intoxication : encombrement bronchique, collapsus cardio-vasculaire, état de mal convulsif, hypocalcémie, complications hépatiques et rénales, mort.

Traitement : vomissements provoqués, lavage d'estomac malgré l'aggravation probable des lésions caustiques préférable néanmoins au risque mortel de collapsus. Le traitement comporte une hydratation importante pour éviter l'anurie par précipitation tubulaire des cristaux d'oxalate, des antibiotiques, une calcithérapie et des pansements gastriques.

La projection oculaire ou cutanée de ces produits lors de l'ouverture des flacons est également très dangereuse. Il faut laver à grande eau les lésions pour éviter les perforations de cornée ou les lésions caustiques cutanées. Le médecin instillera en urgence un collyre à base de calcium afin d'éviter la formation d'escarres.

  • Antiseptiques cutanés

L'eau oxygénée, la solution de Dakin ne sont pas toxiques aux doses habituelles. L'éther entraîne une ivresse puis une somnolence et fait craindre la survenue d'apnées ou de spasmes laryngés. Le mercurochrome provoque des troubles digestifs et des complications rénales à fortes doses. La teinture d'iode est caustique. Le formol et le trioxyméthylène sont caustiques et néphrotoxiques. Les ammoniums quaternaires (Biocidan®, Céquartyl®, Cétavlon® etc...) sont toxiques (voir détergents).

  • Antispasmodiques atropiniques (Algo-Buscopan®, Baralgine® Diaspasmyl® ou propyromazine, Prantal® , Viscéralgine®...)

Symptômes de l'intoxication : troubles atropiniques (anticholinergiques) : mydriase, sécheresse de la bouche, constipation, troubles de l'accomodation oculaire, agitation, confusion, hallucinations, coma, convulsions, tachycardie, fièvre élevée, visage congestif...

Traitement: lavage d'estomac, refroidissement, diurèse osmotique, anticonvulsivants...

  • argile : non toxique
  • Aspirine : voir "Salicylés"
  • Atropine (anticholinergiques)

Utilisée dans de nombreux médicaments pour troubles digestifs et dans les collyres.

Dose léthale : 0,01 g

Symptômes de l'intoxication: mydriase, troubles de la vision, sécheresse de la bouche, fièvre, rougeur de la peau, rétention aiguë d'urines avec globe vésical, troubles du rythme cardiaque, excitation, confusion, délire, hallucinations, coma, convulsions, dépression cardio-respiratoire...

Traitement: vomissements provoqués, charbon de bois activé, lavage d'estomac. Traitement symptomatique. Cathétérisme vésical (sondage) en cas de rétention d'urines. L'antidote est utilisé dans les formes sévères : salicylate de physostigmine.

  • bains moussants : non toxiques
  • Balles de golf (contenu liquide) : non toxique%0

Pour en savoir plus

Ingestion de piles bouton. Réalités pédiatriques n°147, février 2010